Le marché des résidences secondaires en France traverse une phase paradoxale. L’envie d’acquérir un pied-à-terre de vacances reste forte dans les sondages, mais les transactions effectives racontent une autre histoire. Investir dans une résidence secondaire exige désormais de composer avec un contexte fiscal durci et un marché en repli, deux réalités que les discours promotionnels omettent souvent.
Résidences secondaires en France : un parc qui stagne malgré l’engouement déclaré
Les logements secondaires représentent environ 10 % du parc immobilier français selon le baromètre LPI-SeLoger. Ce chiffre circule depuis plusieurs années, et c’est précisément le problème : le stock de résidences secondaires n’augmente plus depuis la fin des années 2010.
L’idée d’un engouement croissant repose surtout sur des enquêtes d’intention. Les Français déclarent vouloir acheter, mais le passage à l’acte s’est nettement ralenti. D’après le bilan du réseau Century 21 relayé par Le Monde en juin 2025, les ventes de résidences secondaires ont chuté de plus de 20 % au premier semestre 2025 par rapport à la même période en 2024.
Ce décalage entre désir et achat s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs : hausse des taux de crédit immobilier, inflation des coûts d’entretien, et surtout un durcissement fiscal qui modifie le calcul de rentabilité.

Fiscalité résidence secondaire : ce qui change concrètement en 2026
La taxe d’habitation a été supprimée sur les résidences principales, mais elle reste pleinement applicable aux résidences secondaires. Cette distinction crée un différentiel fiscal qui s’aggrave d’année en année.
Depuis 2023, les communes situées en zone tendue peuvent voter une surtaxe sur la taxe d’habitation des résidences secondaires. Le mécanisme existait déjà, mais le nombre de communes éligibles et le plafond de majoration ont été élargis. En 2026, cette majoration peut atteindre 60 % dans les communes qui le décident.
Quelles communes appliquent la surtaxe en 2026
La liste des communes concernées s’allonge régulièrement. Les villes littorales et les stations touristiques de montagne sont particulièrement visées, mais des communes rurales prisées pour les résidences de vacances rejoignent aussi le dispositif. Chaque conseil municipal vote ou non l’application de la majoration, ce qui crée une mosaïque fiscale difficile à anticiper pour un acheteur.
- La majoration de la taxe d’habitation peut atteindre 60 % dans les communes en zone tendue ayant voté la mesure
- La taxe foncière sur les résidences secondaires augmente aussi dans certains départements, comme la Dordogne où des hausses ont été constatées en 2026
- L’administration fiscale dispose de trois ans pour traquer les propriétaires qui déclarent faussement une résidence secondaire comme résidence principale
Ce cadre pousse certains propriétaires à renoncer. Un témoignage relayé par Planet.fr illustre cette lassitude : une propriétaire de 56 ans déclare ne plus vouloir entendre parler de résidence secondaire en France et envisager un pied-à-terre à l’étranger.
Investissement locatif et résidence secondaire : une rentabilité sous pression
La location saisonnière représente le principal levier pour amortir les coûts d’une résidence secondaire. Louer son bien sur des plateformes pendant les périodes d’absence permet de couvrir une partie des charges fixes (taxe foncière, taxe d’habitation, entretien, assurance).
En revanche, la réglementation de la location courte durée s’est considérablement resserrée. Les communes touristiques imposent désormais des plafonds de nuitées, des enregistrements obligatoires, et parfois des autorisations de changement d’usage. La distance entre le propriétaire et le bien complique aussi la gestion locative, un paramètre que beaucoup de primo-investisseurs sous-estiment.
Le coût réel de garder les volets fermés
Un article de Tours Patrimoine chiffre ce qu’il appelle « le coût de garder les volets fermés » : entre les charges fixes, l’entretien préventif, les assurances et la fiscalité, une résidence secondaire inoccupée génère des dépenses annuelles significatives sans aucun revenu en contrepartie.
Pour un bien dont la valeur progresse peu (ce qui est le cas dans de nombreuses zones rurales), l’investissement se transforme en charge patrimoniale nette. La question n’est plus seulement « combien ça rapporte » mais « combien ça coûte de ne pas vendre ».

Résidence semi-principale : le modèle post-télétravail résiste-t-il aux faits
Le développement du télétravail pendant la pandémie a fait émerger un concept séduisant : la résidence semi-principale. L’idée consistait à partager sa semaine entre un logement urbain et une maison de campagne ou de bord de mer, en télétravaillant depuis cette dernière plusieurs jours par semaine.
Plusieurs années après, les retours terrain divergent sur ce point. Le modèle fonctionne pour les professions intégralement compatibles avec le travail à distance, mais le recul du télétravail dans de nombreuses entreprises réduit le vivier de candidats. Les politiques de retour au bureau imposées par un nombre croissant d’employeurs fragilisent l’équation financière d’un double logement.
La résidence semi-principale reste aussi une résidence secondaire au sens fiscal. Le propriétaire paie la taxe d’habitation sur ce bien, même s’il y passe trois jours par semaine. Aucun statut intermédiaire n’existe dans le droit fiscal français.
Achat résidence secondaire : les critères que le marché impose désormais
Pour un acheteur qui maintient son projet malgré ce contexte, quelques paramètres méritent une attention particulière :
- Vérifier si la commune cible a voté la surtaxe d’habitation, et à quel taux, avant toute offre d’achat
- Estimer le coût annuel total de détention (fiscalité, entretien, assurance) et le comparer au revenu locatif réaliste, en tenant compte des restrictions locales sur la location courte durée
- Privilégier les zones où la demande locative saisonnière est documentée et régulière, plutôt que les marchés portés uniquement par la spéculation sur les prix
- Anticiper un éventuel durcissement réglementaire supplémentaire dans les prochaines années
Le marché de la résidence secondaire en France n’a pas disparu, mais il s’est resserré autour d’acheteurs mieux informés et disposant d’une capacité financière suffisante pour absorber des coûts de détention en hausse. L’époque où acheter une maison de vacances constituait un placement simple et rentable s’éloigne. Les données actuelles invitent à traiter ce type d’acquisition comme un choix de vie assumé financièrement, pas comme un investissement patrimonial garanti.